C’est parti pour un road trip comme je les aime, qui m’emmène chaque jour vers l’inconnu, vers mon destin écrit à l’encre citronnée par mon ange gardien qui se déguise avec les habits du hasard pour me tendre, sur le chemin, des gerbes d’inattendu et des bouquets d’instants émerveillés, comme le ferait une marchande de fleurs à l’âme un peu gitane, revenant de champs sauvages et indociles, par nature. C’est dire s’il hésite entre se camoufler pour respecter son devoir de réserve et se jeter à ma rencontre, en me barrant la route avec de grands signes de croix pour me dévoiler que les Dieux m’ont à la bonne.
Durant ces dernières années, partout où mes pas m’ont menés, dans ces dizaines de pays, savourés plus qu’éprouvés, et ce jusqu’à la moelle, j’ai adoré partir le matin en sachant très vaguement là où j’étais censé me rendre. Toujours, cette fameuse rengaine à mes oreilles : qu’est-ce qui est le plus important dans la vie ? (Le voyage en lui-même n’étant qu’une parcelle de vie située dans le temps et la géographie). Qu’est-ce qui est le plus important : la destination ou le chemin pour y parvenir ? La bonne réponse est évidemment : la compagnie !
Et j’avoue être en bonne compagnie avec moi-même. Je et Moi nous entendons bien. Je conduis, il savoure. J’organise, il kiffe. Mais dans un esprit de répartition équitable, mon autre, change les pneus crevés, met de l’huile et s’occupe de faire le plein à chaque nouveau départ, et moi j’écris, je discute avec le premier venu, je regarde une jolie femme sur le bas-côté, sorte de poésie ondulante et fugace, je m’attable autour d’un café pour un interrogatoire amical ou quelques plaisanteries avec des inconnus. Et puis, nous repartons, Je et Moi, par une route, une piste caillouteuse, un sentier escarpé qui nous tend les bras et nous invite chez lui, de l’autre côté du monde. Alors naïfs invétérés et n’ayant rien de plus intéressant à faire, nous y allons, là où le vent nous porte…
J’avoue que j’ai adoré ces moments, mille fois renouvelés, quand je posais mes fesses de bon matin, sur des mécaniques qui vibraient et galopaient vers des horizons prometteurs. J’éprouve un pincement au cœur pour ma bonne amie Kawasaki qui en a vu tant d’autres – la Azul comme certains amis baroudeurs l’ont baptisée tendrement, après m’en avoir fait voir de toutes les couleurs. La plaque de titane et la dizaine de vis dans ma clavicule se souviennent bien d’elle et de ses airs de tango argentins. Ce bon vieux Land Rover Defender qui me laissa tant de fois en plan, qui m’a mené dans des recoins insoupçonnables de l’Afrique australe durant toute une année, sans jamais se départir de son flegme britannique. Et ce gracile Toyota Prado qui trimballe mes os et mon âme en cette divine Colombie, avec lequel je n’ai pas fini de me perdre dans les chemins escarpés. Objets inanimés avez-vous donc une âme ? Ma vie est pour le moins plus agréable lorsque je me persuade que tel est le cas.
Alors, oui c’est reparti pour la poussière, le sable, la caillasse, pour dévorer des kilomètres qui me mèneront inexorablement vers le sud de cette Mongolie si déconcertante, pour aller m’encanailler et me retrouver, s’il en était besoin, dans le désert de Gobi.
Après deux journées de voiture, dans des paysages ébouriffants, dignes d’une toute autre planète, j’arrive aux portes du Gobi. Ce furent deux jours intenses, merveilleux, hors du temps. Je vous laisse juge de l’écrin dans lequel l’esprit et le cœur peuvent gambader à l’unisson, dans une reconnexion à l’essentiel. Aucune clôture, pas de barrière, un espace infini, le silence et cette musique si particulière que fait le vent quand il se sait chargé, presque dépositaire, de ses âmes conquérantes qui, jadis, ont vaincu et soumis tant de peuples et de tribus, pour constituer le plus vaste empire que l’humanité ait connue dans sa longue histoire. Il en reste forcément un souffle particulier.
Alors, pour résumer ce que j’éprouve, je n’ai d’autre choix que d’emprunter les mots d’un marchand vénitien illustre, qui fut attaché auprès de la cour du grand Khan Kubilaï, plus connu aujourd’hui sous le nom magnifique de Marco Polo :
« Je n’ai pas écrit la moitié de ce que j’ai vu car je savais qu’on ne me croirait pas”.
Je vous laisse donc quelques images de mon évasion et vous laisse imaginer le reste.
Et dire que ce n’est que l’introduction au Gobi, ce désert, le plus vaste et plus froid de la planète, après l’Antarctique… Cela me donne presque envie de pleurer, de ne pouvoir partager cela avec quelqu’un d’autre que Moi et Je. Comme disait Fernando Pessoa, « quand je vois du beau, j’ai envie d’être deux. ». La féconde présence de l’Autre, le précieux de l’altérité qui nous révèle et nous apprend. Ce trésor du lien que nous perdons chaque jour un peu plus, dans absolument tous les pays du monde. Alors, oui, être deux, compagne ou compagnon de voyage…
Tout dépend qui ?… That is the question.
Être en bonne compagnie, voilà sans doute l’une des clé du bonheur.
Mais être seul et aller à la rencontre de soi-même est sans nul doute le secret de la félicité.











































Merci beaucoup pour ce partage ! Bons chemins ! Pierrette
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Salut,
Superbes paysages ! Profite bien. Bises des Maisonnais. Aujourd’hui, on est allé manger un couscous au Sultan à Thiais, cela nous a rappelé des souvenirs.
Bises
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