Conservation de la conversation

Ce qui disparaît à une vitesse hallucinante, dans tous les pays du monde, emporté par le tsunami du digital, c’est l’art de converser. Et en disparaissant, ce sont des qualités essentielles de notre humanité qui s’évanouissent, non sans une certaine nostalgie, dans la nuit des temps. Je parle de l’empathie, de l’écoute sincère, du sens de la mesure, de l’intérêt que l’on porte à l’autre, de la recherche du mot juste ou de la belle formule, du désir de vérité et d’exactitude, et du goût de tisser des liens invisibles, avec politesse, élégance et amabilité.
Seuls quelques anciens pratiquent encore cet art qu’il convient de pratiquer pour le sauver de l’oublier.

Alors, face à la folie du monde et à l’égarement des hommes dans le prosaïsme et le matérialisme débridés, il prend à certains l’envie de prendre leurs jambes à leur cou et de disparaître en des endroits où le vivant, la beauté, l’art, la sobriété heureuse constituent de salutaires refuges. 
Converser avec un arbre centenaire, une aube prometteuse ou une partie oubliée de soi-même offre toujours une féconde compagnie et une paix réconfortante. Je crois faire partie de cette tribu “des pas de côté”. Et je suis loin d’être le seul.

« Il ne s’agirait pas de mépriser le monde, ni de manifester l’outrecuidance de le changer. Non ! 

Il suffirait de ne rien avoir de commun avec lui.

L’évitement me paraissait le mariage de la force avec l’élégance. Orchestrer le repli me semblait une urgence. 

Les règles de cette dissimulation existentielle se réduisaient à de menus impératifs : ne pas tressaillir aux soubresauts de l’actualité, réserver ses colères, choisir ses levées d’arme, ses goûts, ses écœurements, demeurer entre les murs des livres»   Sylvain Tesson

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Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

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