Ce matin, le jour est entré vers 6h20 Avec sa lumière prometteuse et sa mélodie de sifflements guillerets Provenant de quelques oiseaux du voisinage
J’avais l’esprit embrumé par une crève persistante Qui me laissa durant la nuit, peu de répit, encore moins de repos, Faisant que la fatigue me plongeait dans une sorte de narcose J’étais secoué à intervalles réguliers par des quintes de toux D’une violence qui me poussait à vouloir me défenestrer.
C’est à travers mon regard troublé par la fatigue et la fièvre Que je les vis, distinguant de loin un petit attroupement.
J’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’un troupeau d’éléphants Comme j’en avais tant vus lors de mes pérégrinations africaines Quelque pachydermes venus de tous les horizons, se regroupant Dans la fraicheur de l’aube pour boire et se baigner dans une mare boueuse
Me vint aussi l’idée que ce que je distinguais, au travers de mes yeux embués Devait être une bande de pochetrons en train de siroter au café du commerce S’agitant autour du bar, en d’incessants aller-retours entre le comptoir et le flipper
Puis, je réalisai que j’étais seul et paisible dans une chambre D’une jolie maison d’Arcachon où j’espérais bien vite Troquer mes expectorations contre quelques heures d’inspiration plumitive Je me ravisai donc, ici point de savane ni de biture, Pas de grands mammifères assoiffés, ni plus de petits bonshommes éméchés.
Était-ce alors, troisième hypothèse possible, une réunion de copines Regroupées autour de la table basse, pour une sorte de réunion Tupperware Ou se confiant les affres de leur relation conjugale et quelques secrets d’alcôve ? J’allumai donc la lampe de chevet et me rapprochai de l’attroupement Afin d’entendre quelques indiscrétions et d’en apprendre davantage sur la gent féminine
C’est là que je me rendis compte qu’il ne s’agissait que d’une poignée de fourmis Intrépides éclaireuses d’une colonie des environs, parties comme moi, Explorer le monde, pour en ramener des trésors sucrés et des parfums d’aventure, Telle cette goutte de sirop ou de café colombien tombée sur le parquet, depuis belle lurette
Certaines étaient occupées à cartographier l’espace pour de futures expéditions, D’autres, de formation scientifique, analysaient la composition chimique du nectar Quand deux autres fourmis-archéologues se chargeaient visiblement de dater leur découverte, afin de déterminer l’origine du vestige.
Après un nouvel accès de toux, je finis par me lever pour aller prendre un mouchoir que j’humidifiai d’un peu d’eau Et sans préavis, avec l’autorité d’un préfet qui aurait passé une sale nuit, j’essuyai le sol.
C’est ainsi que dans tout le bassin d’Arcachon, on colporterait désormais la rumeur, qu’une mare aux éléphants avait été sottement asséchée, qu’un débit de boisson avait été péremptoirement fermé et qu’une réunion de féministes avait été injustement dispersée.
La rumeur court toujours et je me dis que parfois, on ferait bien de rester au lit, plutôt que de vouloir changer le monde et finir par tout chambouler.