Le monde doit répondre de tous nos renoncements et de toutes nos lâchetés!
Il porte le poids immense de tout ce qui ne sera jamais réalisé,
De tout ce que nous aurions aimé faire sans jamais pourtant l’avoir osé.
Il ploie sous le jougs de tous les rêves avortés,
de ces prénoms d’enfants jamais nés,
De ces projets infructueux, de ce chapelet de vœux pieux
De ce monde que l’on se promettait de refaire au bout de nos nuits de biture, sur le haut de nos barricades, dans nos draps enfumés du petit matin,
De ces destinations qui ne verront jamais le jour.
Le monde se meurt de notre couardise, de notre inconséquence, de nos fébriles sursauts de conscience !
Il ploie sous le poids de notre légèreté, de nos tergiversations face aux urgences d’une planète dévastée.
Il ne tourne plus très rond d’avoir cru à nos paroles faciles, à nos promesses d’un soir, à nos bonnes résolutions sitôt évaporées.
Il s’épuise de notre procrastination, de nos discours légers comme du vent, de nos grandes envolées.
Le pauvre Atlas! On le croyait porteur, voilà qu’on le découvre comptable!
Il courbe l’échine sous la charge de ce monde si pesant, sous les colonnes de chiffres de toutes nos dettes d’honneur, de nos je t’aime éculés,
De tous ces humains se multipliant sans en avoir rien à foutre, sans assumer leurs devoirs, leur soi-disant amour du prochain.
Le monde meurt de toutes ces occasions manquées, de ces baisers pas donnés, de ces mercis omis, de ces regards furtifs, de ces yeux détournés, de ces désirs tus, de ces frôlements non aboutis.
Nous étions immenses de possibilités, magnifiques avec toutes ces fermes intentions et ces belles résolutions, princiers avec nos enflammades « pour le pire et le meilleur ». Nous nous sommes joyeusement gavés du meilleur et avons prestement bifurqué face au pire.
Alors, face à l’indécence de tous nos renoncements, du cynisme de nos regards détournés et des grands discours qui habillent commodément toutes nos compromissions, il est temps de relire les mots du Pasteur Martin Niemöller. Il fut arrêté en 1937 et envoyé en camp de concentration, puis déporté à Dachau.
Imprégnons-nous de son message. Ressassons la parole des survivants. Et inspirons-nous de l’exemple admirable des véritables résistants, pas ceux qui vinrent tardivement au secours de la victoire.
Ces mots n’ont pas pris une ride et l’actualité nous enjoint de saisir leur salvatrice leçon :
Ils sont d’abord venus chercher les communistes, et je n’ai rien dit
Parce que je n’étais pas communiste
Puis ils sont venus chercher les syndicalistes, et je n’ai rien dit
Parce que je n’étais pas syndicaliste
Puis ils sont venus chercher les juifs, et je n’ai rien dit
Parce que je n’étais pas juif
Puis ils sont venus me chercher, et il n’y avait plus personne pour me défendre.
