Les chemins du temps

Je cherchais une photo d’un vieil homme, pour illustrer la sagesse qui jaillit d’un regard apaisé, l’expérience qui s’exprime d’un visage buriné, la vérité sans faux-semblant par l’expression d’une vie assumée qui traduit la véritable beauté de l’âme humaine, quand elle est généreuse, fruit d’infinies hésitations et de perditions dans des chemins de traverses.

J’ai tapé dans Google images “photographie de visages de personnes âgées”. Je n’ai eu comme résultat que des photos aseptisées, verrouillées par des droits d’auteur, proposées par des agences ayant réussi à monétiser ce qui cristallise la beauté et la poésie de l’âme humaine : un visage stigmatisé par tant d’expériences de vie. J’avais en face de moi, un monde froid et désincarné, des visages qui se ressemblent tous, où la beauté est plus esthétique que philosophique. 

Je me suis alors résolu à consulter ma propre photothèque, composée de 88.000 photos de vie réellement vécues, pour tenter d’y trouver une image qui illustre le texte que je veux vous offrir et que je viens de traduire. L’auteur s’appelle José Luiz Ricchetti. Il est Brésilien. Après 40 ans d’entrepreneuriat, il s’est mis à écrire et s’est découvert une vocation d’écrivain. J’aime ma vie éprise d’une telle liberté qu’elle me fait découvrir, au détours de chemins hasardeux, des frères ou des sœurs de cœurs, au parcours si semblable ou au contraire si radicalement différents, qui me nourrissent et illustrent cette fraternité que j’éprouve chaque jour, à l’autre bout du monde, quels que soient les origines, les parcours, la culture, la couleur de peau, la langue ou le statut social de ceux que le destin s’évertue à mettre sur mon chemin.

En tapant, “personnes âgées” dans la photothèque de mon Mac, je me suis retrouvé – ironie du sort – avec une centaine de selfies de moi-même et une collection de photos de mes meilleurs amis ! Désolé les gars… Si je pensais échapper à la dure réalité et au constat glacial que le temps a passé plus vite qu’il ne fallut pour le dire, force est de constater que les années m’ont rattrapé, alors que je me sens paradoxalement rajeunir chaque jour un peu plus, mais il faut bien regarder les choses en face : ma photothèque a pris de sacrées rides! 

J’ai donc décidé d’aller puiser des images dans mes innombrables photos de voyage, pensant que je devais bien pouvoir trouver un cliché qui illustre ou symbolise à lui seul le magnifique texte que je souhaite vous offrir. C’est ainsi que les visages qui accompagnent ces mots écrits par un écrivain brésilien, proviennent de Bolivie, du Botswana, de Colombie, d’Argentine et de Namibie.

Après le choc des images, s’illustrant dans le chic des traits burinés, voici le poids des mots et quelques vérités qui valent la peine d’être rappelées.

 « Il y a un silence qui vient avec les années, et ce n’est pas seulement l’absence de bruit, mais la transition douce entre ce que nous étions et ce que nous sommes devenus. 

À 60 ans, on commence à sentir la subtilité du détachement. La pièce qui vibrait de vos idées semble maintenant pleine de voix qui ne vous demandent plus votre avis. Ce n’est pas un rejet, c’est le rythme de la vie sur la route. 

 À 65 ans, vous vous rendez compte que le monde des affaires, autrefois si vital, est en constante évolution.  Il continue, indifférent à ce que vous avez fait ou n’avez pas fait.  Ce n’est pas une défaite, c’est une libération.  C’est le moment de se regarder, de se débarrasser de son ego et de se revêtir de sérénité.  Il ne s’agit plus de prouver, mais d’enseigner, de partager, d’encadrer.  La vraie réussite n’est pas celle dont on se vante, mais celle que l’on inspire.

À 70 ans, la société semble vous oublier, mais vraiment ?  C’est peut-être simplement une invitation à réévaluer ce qui compte vraiment.  Les jeunes ne vous reconnaîtront pas pour ce que vous étiez, et c’est une bénédiction déguisée : maintenant, vous pouvez être qui vous êtes.  Pas de masque, pas de titre, juste l’essence.  Les vieux amis, ceux qui ne demandent pas « qui tu étais » mais « comment vas-tu », deviennent des joyaux précieux, des diamants qui brillent au crépuscule de la vie.

Et puis, à 80 ou 90 ans, c’est la famille qui, dans la précipitation, s’éloigne un peu.  Mais c’est là que la sagesse nous étreint étroitement.  Nous comprenons que l’amour n’est pas une possession, mais une liberté.  Vos enfants, vos petits-enfants suivent leur vie, comme vous avez suivi la vôtre.  La distance physique ne diminue pas l’affection, mais elle enseigne que le véritable amour est généreux et non exigeant.

 Lorsque la Terre vous appelle enfin, il n’y a aucune raison d’avoir peur.  C’est la dernière danse d’un cycle naturel, la fin d’un chapitre écrit dans la sueur, les larmes, les rires et les souvenirs.  Mais ce qui reste, ce qui ne sera jamais vraiment effacé, ce sont les traces que nous laissons sur les âmes que nous touchons.

 Alors, tant qu’il y a du souffle, de l’énergie, tant que le cœur bat sans cesse, vivez intensément.  Acceptez les rencontres, riez aux éclats, appréciez les plaisirs simples et complexes de la vie.  Cultivez vos amitiés comme on cultive un jardin.  Car, à la fin, ce qui reste, ce ne sont pas les réussites, pas les titres, pas les applaudissements.  Ce qui reste, ce sont les liens, les moments partagés, la lumière que nous répandons.

 Soyez lumière, soyez présence et vous serez éternels.

 Je le dédie à tous ceux qui comprennent que le temps n’efface pas, il transforme seulement ».

Les chemins du temps

José Luiz Ricchetti 

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Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

3 commentaires sur « Les chemins du temps »

  1. Gracias por esta reflexión, sencilla y potente a la vez. Las huellas de nuestro paso por este valle de lágrimas son más tenues de lo que nuestra vanidad nos lleva a creer, pero son reales y durables en algunos casos ÿ para unas pocas personas: eso tiene valor y es una recompensa, creo yo.

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