Contre mauvaise fortune, bon coeur.

Quel privilège de voir son existence défiler en une seconde sur la table d’un bistrot colombien.

Un fragment de philosophie offert par cette journée boursoufflée de soleil.

Toute ma vie résumée en un seul cliché !

Il est si rare de contempler en un instant, son passé en fuite, la mousse savoureuse du présent, et l’inéluctable promesse de l’avenir, qui tombe toujours à pic.

D’un côté, quelques avoirs évaporés depuis belle lurette, avec la détermination de celui qui sait qu’il n’est de véritable richesse que d’être.

Un billet d’humeur qui se transforme en devise, à mesure que la vie avance, pour se résumer ainsi : « si tu veux faire rigoler Dieu, raconte-lui tes projets ! »

Une poignée de liquidités dans laquelle la providence m’a joliment rendu la monnaie de ma pièce.

Quelques blessures d’orgueil vite oubliées, qui se transforment sous mes yeux en coupures d’argent, pour lesquelles, en un autre temps, je me serais fait du soucis, mais que l’écrivain-voyageur, le vivant impénitent, a choisi de transfuser en sang d’encre, dans le goutte-à-goutte de ces jours disparus.

Au cours du change, j’ai troqué le poids de tout ce qui possède mes semblables en pesos. 

En réalisant qu’en espagnol, le mot pesos signifie poids, cela m’arrache un sourire qui sera la signature de cette journée prometteuse.

Dans ma bourse désargentée, les soucis pesants d’un passé révolu, transformés par l’alchimie de la liberté, en quelques milliers de Pesos colombiens, juste assez pour m’offrir cette vie de baroud et de saute-frontière.

Au milieu, l’intensité du présent que je veux plus vibrant que jamais, témoignant d’une vie menée tambours battants, tissée de coups de cœur et de cette mousse ardente dont se pare si souvent les moments vécus avec sincérité.

L’amertume du café qui réveille mes sens et la volupté sucrée de se savoir aimé, dans l’espoir secret d’aimer subtilement, à mon tour, les gens qui le méritent. 

Cette douceur matinale me rappelle en un éclair le privilège qui est le mien, d’avoir été toujours si bien accompagné, dans mes aventures amoureuses, mes rêves de conquête ou mes folies d’entreprendre.

À droite, le cendrier qui préfigure la fin du parcours, nous rappelant que descendre fait aussi partie de l’histoire.

Tout aventurier sait, qui plus est s’il est alpiniste, que la vie n’est pas faite que d’ascensions, et que toute la sagesse réside souvent dans l’art de redescendre.

À ceux qui se désespèrent d’une telle fin, se complaisant dans une vallée de larmes, j’oppose le sourire du vieux singe, bien conscient que ses plus beaux jours sont partis en fumée, et qu’il peut désormais devenir nuage, ciel bleu, étoile du firmament ou simples fragments de projets susurrés à l’oreille de Dieu.

Ce matin, plus que jamais, je fais contre mauvaise fortune, bon cœur ! 

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Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

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