En ce jour d’élections présidentielles américaines, je souhaite partager avec les quelques lecteurs qui me feront l’amitié de me lire, un poème que je viens de découvrir et de traduire, du mieux possible, pour que la lumière de ses mots illumine nos consciences et éveille nos espoirs, éberlués par ces déferlements de haine, qui n’augurent rien de bon.
Au moment où tout un peuple, terriblement déchiré, va devoir choisir entre la raison et la folie, entre une légitime fraternité ou l’incendie du racisme, je souhaite que ces mots, à leur manière, deviennent l’infime goutte d’eau du petit colibri que je suis, qui fait son devoir et sa part, pour éteindre comme il le peut, un bout de ce monde en flamme.
Les latinos représentent 19% de la population active des Etats-Unis, soit 32 millions de personnes. Ils sont désormais une part essentielle de l’économie et de la culture américaine. Une réalité que certains voudraient nier et effacer d’un revers de manche, en stigmatisant cette population et en l’accusant de tous les maux. Cette tentation puissamment démagogique est un cancer qui guette aussi l’Europe et notre pays si déboussolé. Alors prenons-en de la graine !
Depuis la Colombie, qui deviendra peut-être ma terre d’accueil (durant une partie de l’année, afin de me reposer de mes incessants périples), je suis aujourd’hui dans la peau du migrant, de celui qui espère ou tente sa chance pour une vie qui lui semble plus compatibles avec ses aspirations ou conforme à ses espoirs. Aussi, ai-je une pensée toute particulière pour les millions de latinos qui contribuent, depuis toujours et chaque jour, à la bonne marche de l’Amérique, qu’un illuminé peroxydé menace d’expulsion immédiate, s’il redevient Président .
Je leur dédie ce magnifique poème:
Paysages des États-Unis
Si chaque brique pouvait parler ;
Si chaque pont pouvait parler ;
Si les parcs, les plantes, les fleurs pouvaient parler ;
Si chaque morceau de trottoir pouvait parler,
Ils parleraient espagnol.
Si les tours, les toits, les climatiseurs parlaient ;
Si les églises, les aéroports, les usines parlaient.
Si chaque sillon de ce pays parlait
Ils parleraient espagnol.
Si les sueurs fleurissaient et portaient un nom, elles ne s’appelleraient pas des pierres mais González, García, Sánchez, José, Rodríguez ou Peña.
Mais elles ne peuvent parler. Elles sont des mains, des heures de labeur, des cicatrices, qui pour l’instant se taisent, jusqu’à ce qu’elles ne puissent plus.
Luis Alberto Ambroggio
