Petit hommage à tout ce que j’ai vu passé…
Le temps et ces jours si précieux que je pris pour d’infinis trésors
Des êtres dont ne reste plus que quelques souvenirs jaunis et l’écho de leur rire
Des projets avortés, des rêves de conquête et des “je t’aime” jamais dits
Des ombres empressées dans la laideur des faubourgs, de bien tristes automnes
Les bons et les mauvais moments passés à apprendre à vivre, pour n’en tirer que de vagues leçons
Tous ces mots oubliés, ces promesses non tenues, ces moments de bonheur infini
Engloutis par un passé qui lui-même est passé.
Car au bout du compte, tout passe, tout lasse avant que je me casse.
À peine avais-je finis d’écrire ces quelques mots qui ne font que passer, les hasards malicieux de la vie m’ont glissé une poésie absolument magnifique, que j’aurais aimé écrire.
Je laisse la plume à un poète contemporain que je vous invite à découvrir et à lire. Il s’agit de Jacques Dor, que je remercie pour ces mots bouleversants et pour son talent.
« Je vous ai vue passer, bel arc solaire entre des faisceaux de pluie.
Allongé j’étais le trottoir d’un ordinaire passage.
Je vous ai vue passer, j’étais la lune, boule docile, enluminant le ciel de poussière et de nez en l’air ; le vôtre aussi.
Je vous ai vue passer, souriante, j’étais sur la corde à linge cette chemise blanche avec un bras trop raide, tel un accidenté agité par le vent.
Je vous ai vue passer, j’étais ce massif d’hortensias dans le jardin de sages petits vieux qui somnolaient la fenêtre ouverte, la radio allumée.
Je vous ai vue passer j’étais la pierre du chemin, j’étais la barque portant un prénom féminin, j’étais le banc que l’une de vos mains venait d’effleurer en passant.
Je vous ai vue passer, heureusement je n’avais ni bouche armée de mots, ni buste armé de bras.
Je n’étais que choses parmi les choses, muettes et sans lasso, ni mots ni mains, heureusement, sans quoi j’aurais regretté longtemps, un peu beaucoup pas du tout ? De ne pas vous avoir connue, aimée peut-être ?
De l’avantage certain, certains jours, de n’être pas un être humain qui voit passer… »
Jacques Dor













