Pour les hommes qui passent l’essentiel de leur vie coincés entre des montants et des chiffres, à soupeser la richesse d’un pays en évaluant son Produit Intérieur Brut, son taux de croissance et le montant de sa dette extérieure, la Colombie se rangerait au 41ème rang mondial, sur l’étagère de leur raison d’être.
Pour ceux qui considèrent que la richesse d’un pays repose sur des critères bien moins rationnels et bien plus fondamentaux pour l’avenir de l’humanité, la Colombie tord le coup aux préjugés et aux frissons qui continuent d’effrayer les tenants de la bien-pensance, dès lors que l’on prononce son nom dans les salons calfeutrés, ignorant soigneusement les réalités du monde.
Ce pays terriblement accueillant, surprenant et attachant est sans doute l’un de ceux où il fait particulièrement bon vivre. Contrairement aux idées reçues, la gentillesse de sa population, la diversité de ses paysages, la richesse de sa biodiversité font de la Colombie un pays d’avenir, au regard des critères qui sont importants dans un futur proche pour assurer à ses habitants une qualité de vie exceptionnelle, même si le pays demeure encore à l’heure actuelle, l’un des pays le plus inégalitaires d’Amérique latine. Mais ce dernier constat permet à l’optimiste que je suis de croire que tout reste à faire et que le rêve d’une amélioration et de progrès sociaux est plus agréable que le rabougrissement moral, social et économique que l’on constate dans nos pays de la vieille Europe.
Pour savourer ce bonheur d’être si magnifiquement accueilli en ce pays du Nouveau Monde, il faut se lever aux aurores. Cinq heures trente est une heure parfaite pour s’assoir aux premières loges et faire valoir votre pass VIP. Ne rien faire d’autre qu’observer le grand spectacle de la Nature qui s’ébroue, se maquille de timides couleurs disparaissant bien vite et se faire belle pour la journée qui s’annonce. Il faut aussi être particulièrement attentifs à l’heure qui précède le crépuscule. Mettre entre parenthèse, la journée qui vient de s’écouler et se réjouir de ce pacte harmonieux qui s’établit, une fois de plus, depuis des millions d’années, entre le monde du végétal si discret malgré sa luxuriance et le monde animal si prolixe et généreux dans ses manifestations.
La Colombie n’occupe que 0,8% de la superficie des terres émergées de cette petite Terre. Mais elle condense sur son territoire 10% des espèces animales de la planète, décrochant le second rôle dans le classement des pays les plus riches en termes de biodiversité. Avec élégance, elle laisse la place à son grand voisin Brésilien qui se targue d’être 8 fois plus vaste, mais dont la richesse naturelle est grandement menacée par les feux et la déforestation.
Plus de 62 000 espèces s’y épanouissent, sur un territoire grand comme deux fois la France. On dénombre 9000 espèces endémiques, qui ne se trouvent qu’en Colombie.
Le pays se classe au premier rang mondial pour le nombre d’espèces d’orchidées et d’oiseaux qui sont plus de 2050 à égayer le paysage et les aubes naissantes de leur chant innocent. Le pays figure aussi au second rang pour les papillons, les amphibiens et les poissons d’eau douce, au troisième rang pour les reptiles et les espèces de palmiers. Si bien que le Festival de Cannes à sucre ferait bien de s’y déporter pour la remise de ses palmes. En quatrième position mondiale, les mammifères concourent chaque années pour le prix du meilleur second rôle. Vous aurez compris que cela est une remarque totalement personnelle, émanant d’un admirateur inconditionnel, qui mesure son privilège à l’aune de 35 pays traversés et soigneusement observés.
Mais dans ce monde où rien n’est jamais acquis et où les mauvaises nouvelles semblent bien plus nombreuses que les occasions de se réjouir, selon l’ONG WWF, près de la moitié des écosystèmes colombiens sont en état critique ou en danger de disparaitre, menacés par la déforestation, l’agro-industrie, l’exploitation minière et pétrolière. Relisez bien cette phrase et cet état des lieux. Car derrière un si triste constat, c’est l’espèce humaine qui figurera dans l’un des prochains rapports de WWF sur les espèces en voie d’extinction.
Est-ce que les 59 parcs naturels sanctuarisant 10% du territoire colombien sont suffisants pour résister à la cupidité des hommes d’argent, à la corruption des hommes politiques ou à l’irresponsabilité des citoyens d’un pays béni des Dieux ? Dix pourcents du territoire pour expliquer aux jeunes générations que l’on fait semblant et pour justifier, face aux générations futures, que « c’était difficile de faire mieux », alors que le Costa Rica protège 25% de sa superficie, en faisant figure de premier de la classe au niveau mondial. Voilà la vraie question dont devraient s’emparer les fadas du chiffres et les hommes du nombre.
Et pour mes vigilants semblables, que je compte sur le doigts de quelques mains à peine, je rappellerai cette phrase de Cioran, que je côtoie chaque jour où mes pas me mènent vers la froide et tendre réalité du monde :
« Nous sommes tous au fond d’un enfer, dont chaque instant est un miracle »
À nous, à chaque instant qu’il nous est donné d’agir et de penser le monde tel que nous voudrions qu’il soit, de transformer l’enfer dans lequel vivent encore des centaines de millions d’êtres humains (sans compter les innombrables espèces animales et végétales qui ont le même droit de vivre en paix que nous), pour que nous fassions de notre bref passage sur Terre, un miracle dont chacun sera fier, en devenant l’impérieux artisan de sa destinée.
Merci pour ce partage. Je n’avais pas envie que la vidéo s’arrête. Magique.
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Merveilleux ballet de perruches au milieu de cette végétation luxuriante
Un régal
(Hugues)
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Merci Hugues;-)
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