Les soutiers de la nuit

Petit hommage en forme d’amical salut, à tous les oiseaux de nuits, qui savent qu’aux heures tendres de l’obscurité, tout un peuple œuvre à réparer le monde, afin qu’il soit bien présentable au petit matin, quand la multitude s’éveillera, dévorant les nouvelles du monde et accaparée par son interminable liste de choses à faire. 

Les insomniaques se réjouissent de ce temps ralenti, de cette lumière tamisée, de ce long silence où un murmure suffit pour être entendu des Dieux.

À leur côtés, s’affaire et fourmille tout un peuple, ignoré des soldats du grand jour. 

Insectes volants ou rampants, crapauds égarés, amnésique de leur ancienne vie de Prince, papillons éphémères ou blattes des cuisines qui trimballent leur éternel cafard, les soutiers de la nuits s’échinent à recoudre les paroles déchirées, à raccommoder les gestes déplacés, qui jonchent encore les maladresses de la veille, à rafistoler tant bien que mal les liens effilochés par ces humains perdus dans leur individualisme.

Dormez tranquilles, braves gens, on s’occupe de tout ! 

Tout doit être impeccable pour 5h30 du matin, dernier carat ! 

On cassera une petite croûte tous ensemble, vers six heures, comme il est d’usage, avant que les ampoules électriques entrent en jeu et que le vacarme s’empare des lieux, comme toujours.

Un nouveau jour tout neuf, jamais vécu par quiconque, s’avancera alors tiré à quatre épingles, l’air de rien.

Cette nouvelle journée tant annoncée, qui se renouvelle depuis l’éternité, est vierge de tout. Seulement chargée des espoirs légitimes de huit milliards d’individus souvent déraisonnables, d’intentions louables entremêlées dans des tâches inutiles, de sincères mots d’amour, de confidences hésitantes, de décisions politiques incompréhensibles, d’envie de révolte face à tant d’injustice et de plans sur la comète qui finit toujours par s’en aller ! 

Et demain, au seuil d’une autre nuit, dans le sempiternel recommencement du cycle, les éboueurs de la nuit, les rafistoleurs et quelques poètes insomniaques œuvreront de concert pour débarrasser le plancher de tous ces détritus, effaçant en une nuit les débris de regret, les prières demeurées lettres mortes et les rêves avortés de ce grand cirque qui s’appelle l’humanité…

Papillon noctambule ne nuit pas !

Les cafards déblatèrent…

Petite baignade avec un ami phasme.


La nuit en un éclair…
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Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

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