Un nouveau carrosse…

Tout voyageur au long cours connait ce dicton français et l’a éprouvé mille fois durant son périple : « Qui veut voyager loin ménage sa monture ».

S’il s’applique parfaitement au monde du nomadisme, de l’errance durable, du vagabondage comme mode de vie, l’ironie du sort devient magnifique quand on sait qu’il s’agit d’une tirade théâtrale écrite par l’illustre… Jean Racine. 

Syncope magnifique entre un être aux semelles de vents et un auteur au patronyme d’enracinement.

Après cette introduction en forme de pied-de-nez que m’impose notre fabuleuse langue française, je suis bien contrait de revenir à des propos plus terre-à-terre, expression qui nous propulse à nouveau dans l’univers inspirant du voyage. En cette époque où la conquête spatiale est furieusement relancée par quelques milliardaires imaginant le salut de l’Humanité dans l’exploration de planètes lointaines, pour la plupart inatteignables et inhabitables, après avoir peu à peu contribué à rendre notre belle planète invivable pour la plupart des espèces qui y prospéraient avant leur naissance, une remarque s’impose à moi. 

L’avenir de notre espèce ne repose pas dans l’obsession génialement anticipée par Jules Verne lorsqu’il écrivit « De la Terre à la Lune », mais plutôt dans l’action exploratrice de tous ceux qui partent humblement à la découverte et à la compréhension intime de notre seule maison dans l’Univers. Je salue ici ceux qui, comme moi, font ce fabuleux voyage d’une terre à une autre, avec leur tenace esprit de curiosité et un bon sens simplement Terre-à-Terre !

Tous ceux qui suivent ma vie de bohème depuis plus de cinq années savent parfaitement que l’acquisition d’une nouvelle monture, dans le but de gagner en liberté de mouvement et en sensations – qu’il s’agisse d’une moto tout terrain au Pérou ou d’un vieux Land Rover en Afrique du Sud – n’est jamais une sinécure et réserve toujours quelques embuches, qui donnent matière à des chroniques de voyage quelque peu pittoresques.

Sur ce point, la Colombie n’est pas en reste !

Quelle idée d’acheter une voiture un 15 août (période où tous les banquiers du monde sont en villégiature, en train de siroter des cocktails, les doigts de pieds en éventail sur des plages… de temps libre, à défaut d’être exotiques, loin de nos viles préoccupations financières) ?

Je passe sur la recherche de la voiture idéale, la période d’acclimatation aux us et coutumes locales, l’apprentissage de la réglementation colombienne, la difficulté d’acheter une voiture alors qu’on ne dispose que d’un visa touristique, le pressentiment que la roublardise des vendeurs locaux nous guette à chaque rendez-vous… 

Je ne peux donner tort à ceux qui pensent que mon existence vagabonde ressemble parfois à une série Netflix. Le fait de vouloir acheter une 4×4, à Medellin, à un vendeur qui s’appelle Jorge… Escobar, n’est pas pour faciliter les choses, ni pour simplifier les transactions bancaires entre la France et la Colombie. Plus d’un mois s’est donc écoulé entre la signature du contrat d’achat, et les allers-retours des fonds, avec un retour de l’argent à l’envoyeur pour d’obscures raisons qui finirent par être identifiées, après moult démarches, comme une simple erreur dans la formulation du numéro de compte par ma banque française. Il est certain que les voyage forment la jeunesse et qu’on n’est jamais à l’abri d’une surprise. Sur ce coup, j’ai rajeuni de 5 ans malgré mon cuir épais et ma vieille expérience des affaires financières. Ce fut une magnifique leçon d’humilité, de patience, de zen face au désir impatient de reprendre la route. 

Toujours est-il qu’à cet instant où j’écris ces lignes, l’achat de la voiture est conclu, que j’ai pu vadrouiller dans les environs de Medellin mais que j’ai dû ce matin la ramener chez le concessionnaire, avec l’inquiétude de vitesses qui avaient du mal à passer, une marche arrière qui craquait lorsque je l’enclenchais ou une pédale d’embrayage particulière capricieuse. Le verdict du médecin japonais fut sans appel : « Don Federico, problème d’embrayage. Il faut changer une pièce importante que nous n’avons pas en stock. Une semaine de délai entre démontage, confirmation du problème, livraison de la pièce et réparation. »

Nul doute que la plus belle des qualités dans la vie est la capacité d’adaptation, prendre la vie comme elle vient, avec son lot de bonnes et de mauvaises nouvelles. Mais cela est valable quand on a comme moi le luxe de décider de son temps, d’être flexible, de ne plus être impacté par les coups du sort et de toréer l’adversité en faisant « contre mauvaise fortune, bon cœur ! ». On ne décide pas des événements qui définissent notre existence, mais on est responsable, face à notre propre exigence de bonheur, de la manière dont on va réagir à de tels évènements.

Mon petit 4×4 Toyota Prado de 2007 dort à cet instant chez son concessionnaire, dans l’attente d’un diagnostic plus précis, qui nous soutirera quelques centaines d’euros afin de gagner, à partir de jeudi prochain, quelques milliers de kilomètres de vie supplémentaires. 

Je ne sais que penser de ce dicton qui circule parmi les Toyotistes, fanfaronnant depuis des lustres sur la durabilité de la marque : « Quand tu dépasses les 200.000 km au compteur, tu viens à peine de finir le rodage du moteur ! ». Fanfaronnade de fans ou réalité de voyageurs passant sous silence qu’ils durent changer l’embrayage à 144.000 km ? L’avenir nous le dira 😉

Afin de conclure plus légèrement cette chronique du bout du monde, je me dois de vous inviter à bord des innombrables taxis que j’ai pu prendre depuis plus d’un mois à Medellin. L’observation attentive et des discussions enflammées, avec les Taxistas de cette ville merveilleuse et humaine, m’ont amené à la conclusion que ce ne sont pas les ingénieurs de l’industrie automobile, les concessionnaires forcément intéressés ou les vendeurs de voitures bonimenteurs qui détiennent la vérité ou vous assurent des meilleures protections contre la déveine de la route et les accidents en tout genre.

Je vous laisse découvrir au travers de ce petit reportage photo ce qui manque à mes accessoires de sureté. Nul besoin de triangle fluorescent, de gilet jaune, de contrat d’assurance tout risque, d’Airbag, de ceinture de sécurité, de dispositif anti-crevaison… En Colombie, plus que nulle part ailleurs dans les pays traversés, un chapelet suspendu au rétroviseur, une croix se balançant et épousant le mouvements de la route et – nec plus ultra – la statue d’une sainte protectrice collée sur le tableau de bord valent bien mieux et garantissent un voyage sans encombre. La bien-nommée Virgen del Carmen, protège ici tous les chauffeurs de taxi, les camionneurs, les chauffeurs de bus et, par ses compétences étendues au domaine maritime, est aussi la sainte patronne des gens de mer, marins et pêcheurs… devant l’Éternel ou sur leur simple barcasse !

Une fois que l’embrayage sera changé, la voiture fin prête pour un million de kilomètres au compteur et la vierge soigneusement disposée sur le tableau de bord, je serai enfin en mesure d’emprunter toutes les voies carrossables et les chemins de traverses, hors des sentiers battus de cette si accueillante Colombie.

Avatar de Inconnu

Publié par

Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

3 commentaires sur « Un nouveau carrosse… »

Laisser un commentaire