Les mots pour rien

Avoir tant et tant écrit,

Enfilant les nuits d’encre

Comme on enfile des perles

Arrondies de douce mélancolie

Et de tendres regrets

Et pourtant, avoir été si peu lu !

Soupeser ces montagnes de pages accumulées,

Au fond des tiroirs de l’oubli.

Ces éclats de vers qui jonchent le sol déserté par l’auditoire.

Poète à deux sous affriolants, en route vers l’abîme avec comme seul compagnon, son vers solitaire.

Et tous ces discours amoureux adressés à ma propre vie, 

Ces grandes déclarations d’amitié en guise de « je t’aime »

Ces heures de nuits consumées à espérer devenir le gardien de vos jours.

À quoi bon s’ouvrir les veines avec autant de constance, pour un si piètre effet ?

Finir à demi-conscient dans la mare de son propre mauvais sang.

Passer des heures, des jours, des années à tricoter l’alphabet, à filer les jeux de mots, à s’habiller d’un trait de plume ou d’esprit, pour mieux vivre, disait-on.

Je ploie de fatigue sous le poids des mots

Et constate, à demi abasourdi mais goguenard, l’inoffensive dissolution de tous ces écrits vains.

À quoi bon conter des histoires sans queue ni tête, dans un monde qui ne sait plus que compter.

En drôle de numéro, j’oppose l’esprit de ma lettre, à vos additions de boutiquiers.

Huit lettres, pas mieux! 

F-E-L-I-C-I-T-E

En une dernière pirouette, l’écrivain-voyageur sniffe une dernière ligne de sa poudre d’escampette  

Et disparaît dans le buvard de l’aube, 

En ne laissant derrière lui que quelques traces d’espoir, écrites à l’encre sympathique.

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Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

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