Ici, tout se bricole.
On répare les cœurs comme les appareils domestiques. On raccommode les relations humaines avec la même ingéniosité que l’électroménager endommagé.
En Occident, on jette au moindre dysfonctionnement du matériel déglingué ou dès que nos désirs consuméristes, sponsorisés par Cetelem ou Cofinoga, nous mènent par le bout du nez vers un nouvel achat.
En Amérique Latine, où 60 % de la population vit dans l’économie informelle et doit gagner chaque jour sa pitance au coin de la rue, on n’a pas ce luxe, ces promesses du trois-fois-sans-frais. Ici, chaque panne engendre sa solution et l’occasion de faire un pied-de-nez à l’obsolescence programmée.
Ce jour fut marqué pour moi par la rencontre magnifique avec Jésus Maria Muñoz. Bricoleur de génie, de son état, et réparateur de Tout. Par vocation.
Je me suis arrêté net devant son étal qui ressemble à un temple de la récup, à un musée bon marché qui magnifie cet art bien vivant qui consiste à redonner vie à tout ce qui, sous d’autres latitudes, serait voué à la benne ou à l’incinération.
Merveilleuse fut cette petite conversation, sur un coin de trottoir de la Plaza Minorista de Medellín, où siège les Halles grouillantes de vie et de débrouille de toute une cité, où s’entrechoquent la misère et la grande richesse, les carrioles des vendeurs de rue et les 4×4 rutilants et massifs des princes de la finance ou du narcotrafic.
Si, dans l’esprit du grand public, Medellin a mauvaise réputation, c’est à tort et c’est une histoire ancienne, ravivé par Netflix. Medellin et ses quartiers éminemment populaires, loin des centres commerciaux luxueux et des quartiers touristiques où les guides font offices de gardes du corps, est un formidable terrain de jeu, une école du voyage véritable pour celui qui veut débusquer des trésors d’humanité, dans le dédales de vies cabossées.
Quelle rencontre lumineuse avec ce petit homme brillant de modestie et d’inventivité, entrepreneur de son carré de bitume, qui fait le plus beau métier du monde. Il redonne vie à ce qui s’éteint, avec du génie au bout des doigts et cette petite étincelle au fond de yeux qui n’a cessé de scintiller, lorsqu’il m’expliquait le grand Art de la réparation. De l’Artisan à l’Artiste, il n’y a qu’un pas, où l’impossible est le premier pas vers le possible. Un pas allègrement franchi dans cette échoppe de la bricole.

Chapardage d’images au fil des jours, loin des clichés tout faits que l’on peut avoir sur Medellin.



















