Trinquer sur des rooftops en sirotant un old-fashioned ou un dry martini, après avoir prié les Dieux de la mixologie et espéré que le barman en soit vraiment un.
S’esbaudir d’un coucher de soleil qui conjugue la vieille ville coloniale et les gratte-ciels ultra-modernes de l’avenir, subtil mélange d’un pays plein de charmes et de promesses.
Être médusé par le long défilé des instagrameuses qui prennent la pause et s’échinent à placarder leur frimousse et leur bouche en cul-de-poule, dans l’espoir d’une célébrité fugace ou d’une illusoire postérité digitale.
S’avouer consterné par ce royaume du faux qui signe notre époque où tout n’est plus qu’apparence et miroir aux alouettes : faux seins, fausses lèvres, faux cul, faux cils, faux semblant et fausses idées sur soi-même.
Conclusion : faut s’enfuir !
Et le lendemain, à l’aube, à l’heure où le petit peuple laborieux se met en mouvement pour aller gagner sa pitance et accomplir ses rêves d’un avenir meilleur, avoir la chance d’explorer la vielle ville déserte, encore assoupie et nettoyée des touristes, avant que la fournaise ne débarque à nouveau.
Rejoindre des amis et avoir le privilège d’aller découvrir le travail époustouflant d’une ONG locale, Granitos de Paz, qui sort chaque année des centaines de familles et de jeunes de la misère des rues, de l’inexorable délinquance à laquelle ils sont promis. Ces petits grains de Paix sont un exemple très émouvant et la preuve qu’en allant vers l’Autre, on peut faire repousser notre fertile humanité.
Prenons-en de la graine.
Enfin, descendre dans les bas-fonds, en allant déambuler dans le labyrinthe du marché local, où 52.000 personnes travaillent, transportent, marchandent, et palabrent, dans une ambiance qui n’a pas changer depuis l’invention du commerce, plusieurs siècles avant nous, nos galeries marchandes climatisées, nos marques mondialisées et nos plateformes digitales qui remplacent désormais les hommes par des robots et les livreurs par des esclaves indépendants !
Essayer de se fondre dans la masse est peine perdue. L’appareil photo, enveloppé dans un sourire et ficelé dans quelques bribes de conversation, vaudra d’être admis à prendre une image, forcément un peu cliché, de ce théâtre à ciel ouvert où la misère sent le poisson et se drape dans la couleur des fruits exotiques.
Le smartphone se fait le plus discret possible et devient le stéthoscope qui permet de prendre le pouls véritable du pays et de sentir le sang battant de cette ville enjôleuse et fascinante, qui fut la porte d’entrée de tout le continent quand les conquistadors débarquèrent pour inféoder les peuples premiers et piller les richesses de cet El Dorado.
De l’or d’antan qui coula à flot durant des siècles, il ne reste plus aujourd’hui que quelques menues pièces de monnaie pour satisfaire la charité des plus nécessiteux, de ces milliers d’âmes qui m’ont pas eu la chance de rencontrer un jour une petite graine de paix.











































