Il ne nous restait que celui-ci. Mais quand on l’a sorti de nos poches Et qu’on a vu sa mine de vieux billet chiffonné, On s’est dit qu’on ne pouvait pas vous le laisser.
On a bien essayé de le repasser. Maria fut mise à contribution, Nous préconisant de le laver à froid Et de l’étendre sur la terrasse, au soleil Pour qu’il retrouve belle allure. Mais rien n’y fit !
Alors, on a fait le tour du quartier, Demandant conseil à tous les commerçants En leur sortant sous le nez, Avec un grand sourire béat, En guise d’encouragement. Le caviste, le boucher, le fleuriste, le teinturier, Le traiteur, le quincailler et même l’écailler. Tous ont finalement jeté l’éponge, après l’avoir examiné.
On est passé chez un brocanteur Au bout de la rue Cler Drapés dans notre folle espérance De pouvoir l’échanger, ou d’en racheter un tout neuf ! Même un fabriqué en Chine aurait bien fait l’affaire. Mais nouvelle déconvenue !
Les jours passaient et nous étions bredouilles. En plus, vous n’alliez plus tarder. On aurait été malins avec ce vieux mot tout fripé. C’est alors que le brocanteur nous appela. Une crème celui-là, je lui avais laissé mon numéro. Il nous indiqua l’adresse d’un antiquaire-restaurateur.
C’est là qu’on a repris espoir. Alors, on a foncé tête baissée rue de Grenelle Il était là, derrière son comptoir Avec son air de professeur nimbus Petites lunettes cerclées et cheveux ébouriffés.
Il semblait nous attendre depuis l’invention de l’éternité. On lui tendit délicatement l’objet de nos soucis, Et n’eûmes guère besoin de lui expliquer Ce que nous attendions de lui. Il n’en avait jamais vu de si usé, Cabossé de tout part, Terni d’avoir été si mal utilisé.
Quand il nous demanda combien temps Nous pouvions le lui laisser, Il éclata de rire quand nous lui dîmes : « Une petite heure, seulement ! Nos amis vont rentrer… »
Devant notre sérieux et nos visages déconfits, Il se ravisa et se mit à la tâche. Il l’inspecta, le soupesa, le démonta. Puis il le plongea dans des bains de nettoyage. Versant dix fioles de produits décapants Il le rinça abondamment, L’essuya méticuleusement, Lima, ponça entre les lettres Les minutes passaient, il était concentré.
Puis, il disparut un long moment dans son arrière-boutique. Bing, bam, boum, ça martelait dur dans l’atelier Parfois, un ou deux jurons quand il avait du fil à retordre. L’angoisse montait, l’aiguille de l’horloge trottinait. L’heure était presque écoulée. C’est alors que le miracle survint. Il réapparut avec dans les mains une jolie boîte en bois. Ouvrant le couvercle, un nid de papiers bleus, Au creux duquel le mot se détachait.
Éclatant, scintillant de toutes parts, On aurait dit qu’il n’avait jamais servi. S’il l’avait incrusté des pierres précieuses Il n’aurait guère plus étincelé. Nous remerciâmes ce magicien-joaillier. Lui demandâmes combien on lui devait Pour une telle performance, avec une telle urgence. Il refusa tout net et glissa l’écrin dans un sac en papier, Qu’il nous tendit avec le plus beau sourire qu’on ait jamais vu.
⁃ Vous avez une sacrée chance d’avoir des amis comme eux ! Je vous envie. C’est donc cadeau !
Et c’est ainsi que sautillant sur le chemin du retour, Nous revînmes avec un espoir requinqué en la nature humaine, Et dans le ciel parisien, un grand soleil qui s’était déguisé, Pour l’occasion, en bouquet de jeunes jonquilles.
Et c’est ainsi qu’on peut vous offrir Avec toute notre bienveillance Et notre immense estime, Ce mot désormais magnifiquement réparé, Aussi lourd de sens qu’une pièce d’argent, Nous pouvons enfin vous dire sans hésiter une seconde :
Très joli 🥰
MERCI 😊
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Surprenant cette fin !
merci
(Hugues)
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