Au milieu de la foule imperturbable de tous mes semblables aux vies bien rangées, j’erre, léger et attentif, dans le dédale bétonné de nos cités sans âmes.
Les rus scintillants d’antan, cours d’eau bondissants et insouciants de jadis se sont figés en ruisseaux bitumés qu’ils appellent des rues.
Et dans ces fleuves grisâtres qu’ils nomment des avenues, je ne vois que des gens automates, délestés de toute fraternité, fonçant vers le soir sous le fardeau palpable de leurs préoccupations.
Dans ces villes où l’attention à l’Autre n’est plus qu’un lointain souvenir, les écrans s’interposent pour ne plus proposer que des rêves consuméristes et des divertissements effrénés.
Les visages se vident de toute humanité.
Les sourires sont rares et les regards fermés.
Au détours d’une rue, je vois soudain deux indiens d’Amazonie placardés sur un mur. Ils me fixent et m’interrogent de leurs regards inquiets.
Dans le silence de leurs paroles emplumées, je perçois l’unique question qu’ils posent à chacun d’entre nous :
« Quand prendrez-vous enfin le temps de vivre, c’est à dire de vous reconnecter à la Nature, à l’Autre et à vous-même ?
Je m’arrête, transpercé par cette interrogation qui s’insinue en moi comme un antidote à toutes nos peurs. Nous nous fixons un long moment et je leur promets de repartir bien vite, en ces contrées où la vie est encore si palpitante bien que menacée par la folie des hommes.
Et comme pour sceller ce désir et mes tacites promesses, je lève la tête vers le ciel et ne vois que du bleu trépignant de joie, des nuages rectilignes qui filent droit comme des flèches vers un rayonnant destin. Il ne manque qu’un arc en ciel pour me croire déjà là-bas, au milieu des peuples indigènes, à la sagesse si vive.
Sur le tableau azur du ciel, des avions ont dessiné la croisée des chemins qu’il nous appartient désormais d’emprunter.
Serons-nous les passagers d’une compagnie célébrant le Vivant ou resterons-nous les sordides pirates de l’air d’un monde moribond ?
Je repars en souriant et en murmurant le message du jour:
« Quand prendrez-vous enfin le temps de vivre, c’est à dire de vous reconnecter à la Nature, à l’Autre et à vous-même ?
Alors en guise de conclusion à ce périple urbain, je propose ces mots magnifiques de Jacques Higelin :
« Les choses arrivent à qui est disponible pour les vivre, les entendre ou les voir. C’est formidable d’être à la disposition de son destin.
Sinon, que se passe-t-il ? Rien.
Se laisser guider par son instinct, suivre des chemins inconnus où tout devient important. Avoir le sentiment d’être de nouveau un enfant. Être curieux du monde et apprendre sans cesse. Tout a du sens quand on est comme cela, en voyage dans sa vie. »



Merci Frédéric pour votre magnifique texte et la référence à Jacques Higelin.
Puisse votre lucidité éclairer celles et ceux qui ont des œillères, qui sont centrés sur leur personne, qui ne voient ni n’entendent… Que le chemin semble long !…
Au plaisir de vous lire encore et encore,
Nadine
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