« Notre PIB prend en compte, dans ses calculs, la pollution de l’air, la publicité pour le tabac et les courses des ambulances qui ramassent les blessés sur nos routes. Il comptabilise les systèmes de sécurité que nous installons pour protéger nos habitations et le coût des prisons où nous enfermons ceux qui réussissent à les forcer.
Il intègre la destruction de nos forêts de séquoias ainsi que leur remplacement par un urbanisme tentaculaire et chaotique. Il comprend la production du napalm, des armes nucléaires et des voitures blindées de la police destinées à réprimer des émeutes dans nos villes. Il comptabilise la fabrication du fusil Whitman et du couteau Speck, ainsi que les programmes de télévision qui glorifient la violence dans le but de vendre les jouets correspondants à nos enfants.
En revanche, le PIB ne tient pas compte de la santé de nos enfants, de la qualité de leur instruction, ni de la gaieté de leurs jeux. Il ne mesure pas la beauté de notre poésie ou la solidité de nos mariages. Il ne songe pas à évaluer la qualité de nos débats politiques ou l’intégrité de nos représentants.
Il ne prend pas en considération notre courage, notre sagesse ou notre culture. Il ne dit rien de notre sens de la compassion ou du dévouement envers notre pays. En un mot, le PIB mesure tout, sauf ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue ».
Voici un extrait du discours prononcé en mars 1968 par Robert Kennedy, candidat à l’investiture démocrate pour l’élection présidentielle américaine. Il y exposait déjà l’absurdité du PIB (Produit Intérieur Brut) comme indicateur de prospérité et de santé d’un pays, qui n’intégrait aucun des éléments, pourtant si essentiels, touchant au bonheur et au bien être humain.
55 ans après avoir prononcé ce constat sans appel, d’une lucidité prophétique, les choses n’ont fait qu’empirer et la survie de l’humanité est désormais en question. N’est-il pas temps de remettre en cause cette religion productiviste et consumériste qui gangrène nos sociétés et ravage notre bien commun qu’est la Nature et le vivre ensemble sur cette planète si unique ?
Voilà sans doute la question la plus essentielle à se poser pour clore une année qui vient, une fois de plus, de nous prouver que le monde se plait à danser dangereusement au bord du gouffre.
55 ans d’excès, d’aveuglement et d’inconscience qui devraient nous pousser, individuellement et collectivement, à faire de 2024 l’année d’une véritable révolution, d’une réinvention complète de nos systèmes de production et de consommation, si ce n’est de notre raison d’être, consistant à remettre le vivant, le beau et le fragile au cœur de nos préoccupations essentielles.
Il serait vain et stupide de se jeter dans les bras d’un avenir délétère à plus d’un titre, et de poursuivre cette danse mortifère, en attendant qu’une Supra Intelligence Artificielle, dont certains rêvent si ardemment, vienne remettre de l’ordre dans cette folle course de l’humanité vers l’abîme, en décidant de se passer du maillon faible que sont devenus les humains.