Le bienheureux

Dans un monde où l’essentiel de ce à quoi un homme est exposé semble faire partie d’une coalition maléfique, dont le seul objectif est l’enlaidissement du monde, la déshumanisation de la société, et le déracinement des hommes, conditionnés dès leur plus jeune âge pour s’éloigner de la nature et se jeter, corps et âme, dans une virtualité enjôleuse et une fuite en avant technologique, sans doute serait-il bon, de temps en temps, de relire Boris Pasternak. 

Les véritablement vivants, les rebelles à l’ordre établi, les partisans du bon sens et les libres penseurs seraient bien avisés de s’entendre, afin qu’une haute conscience et l’exigence d’une humanité enviable, pleine d’espoir, puisse incarner un monde meilleur, souhaitable et magnifiquement vivable.

« Ils s’aimaient parce que tout autour d’eux le voulait : la terre sous leurs pieds, le ciel au-dessus de leurs têtes, les nuages, les arbres. Leur amour plaisait à leurs proches peut-être plus qu’à eux-mêmes ; aux inconnus dans la rue, aux lointains qui s’écartaient devant eux dans leurs promenades, aux pièces dans lesquelles ils vivaient et se rencontraient. C’était cela l’essentiel, c’était cela qui les rapprochait et les unissait. Jamais, même dans leur bonheur le plus généreux, le plus fou, jamais ils n’avaient oublié leur plus haut, leur plus émouvant sentiment : le sentiment bienheureux qu’ils aidaient eux aussi à façonner la beauté du monde, qu’ils avaient un rapport profond avec toute la beauté, avec l’univers entier. »

Boris Pasternak -Le docteur Jivago

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Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

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