Au beau milieu de mon périple en France, tout occupé à butiner les nectars de l’amitié avec la ferveur d’une abeille qui fait son miel des grandes embrassades et de la douceur des jours, le hasard de mes pas vagabonds me mena vers un jardin d’insouciance.
Ce petit bout de verdure niché à l’arrière d’une vieille maison du Gers, où le silence avaient visiblement élu domicile depuis plus de deux siècles, était le siège d’une congrégation florale surprenante.
Des fleurs du monde entier s’y étaient données rendez-vous en ces jours surchauffés du mois d’août, pour ce qui m’apparut ressembler à un concours international de beauté. Surprenante attraction qui me sauta aux yeux, alors que je cherchais à dénicher en cette après-midi caniculaire, un coin ombragé pour lire et rêvasser.
J’avançais à pas feutrés au milieu de ces belles, toutes plus créatives et chatoyantes les unes que les autres. Je me penchais parfois pour humer leur parfum, caresser le velours d’un pétale ou saisir une effluve qui viendrait souligner l’empire d’élégance qu’elle souhaitaient établir sur ce pré carré, perdu aux confins de cette province française.
Qu’elle ne fut pas ma surprise, lorsqu’au milieu de cette débauche de jeunes premières, tout accaparées par leur apparence et prenant des poses enjôleuses, dans l’espoir de séduire le jury composé exclusivement d’insectes divers, l’une d’entre elle m’interpella.
C’était l’une des plus discrètes mais visiblement pas la plus timide. Une jolie plante mellifère, peu conventionnelle, répondant au nom de Gaura blanc, signifiant en grec « qui rayonne de joie ».
Interloqué, j’arrêtais mes pas et me penchai vers elle.
C’est alors qu’elle me murmura ces propos mystérieux :
- Bel étranger, toi qui parcours le monde à la recherche de tes propres vérités, veux-tu que je te confie un secret ? Je vais te dire ce qui te manques, à toi et à tous les autres hommes. Une qualité dont vous êtes malheureusement dépourvus et qui suffirait à changer le monde et à sauver votre espèce, si tristement dévastatrice…
Je demeurai coi un instant, vérifiant si j’étais bien seul dans le jardin, si étonné d’entendre cette voix fluette qui ne semblait pas venir de mon imagination. Je me retournai plusieurs fois pour m’assurer que personne ne me verrai en train de m’agenouiller pour parler à une fleur.
Je lui souris et lui demandai en chuchotant qu’elle était cette chose qui nous manquait et qu’elle semblait vouloir me confier. Elle m’avoua être étonnée que je n’éprouve nul besoin de la cueillir, comme le font la plupart des visiteurs de ce gîte, dans le seul but de l’assembler avec quelques consœurs pour en faire un bouquet d’ornement.
- Alors que veux-tu me dire, ma si jolie fleur ? Lui demandai-je.
A cet instant, un rayon de soleil illumina le pan de mur de la vieille maison, baignant de lumière le parterre d’herbes folles.
- Et bien si tu me laisses vivre et reviens chaque jour me tenir compagnie, me faire la conversation et me raconter les nouvelles du monde, je t’enseignerai la délicatesse. Cette qualité qui nous est essentielle et qui vous manque si cruellement, à vous, les hommes…
Et c’est ainsi, qu’une semaine durant, j’allais passer la plupart de mes après-midi à converser avec cette petite fleur des champs. Je lui racontais les lointaines contrées que l’explorais sans lassitude et elle m’apprenait toutes les choses, pourtant gratuites, naturelles et infiniment disponibles dont nous nous sommes délestés dans ce monde ivre d’argent et d’artifices : la bonté, la gentillesse, la solidarité, le respect et la confiance.









