Je suis tombé récemment sur une pensée qui m’a rappelé, s’il en était besoin, l’importance de l’instant présent. Je demande désormais, à tous ceux que je rencontre la chose suivante: “Tu sais que dans les 365 jours que tu as à vivre durant cette année, il y a deux jours où tu ne peux absolument rien faire. Tu as beau t’escrimer à vouloir décider, changer les choses, réaliser quoique ce soit, c’est impossible. Sais-tu quels sont ces jours ?”…
Dans la très grande majorité des cas, mon interlocuteur cherche, hésite, me propose une ou deux réponses, mais ne parvient pas à trouver la solution. Alors, dans un demi-sourire, je lui dis:
“Ces deux jours de l’année où tu es incapable de décider ou de modifier les choses sont… Hier et Demain !”
Alors, en cette époque hallucinée par les progrès fulgurants, et pour le moins inquiétants, de l’Intelligence Artificielle, je me suis amusé à interroger une machine, en l’occurrence ChatGPT, sur un sujet qui est désormais ma seule préccupation philosophique: vivre pleinement sa vie, c’est-à-dire, comment être digne, et se montrer à la hauteur de ce cadeau exceptionnel qui consiste à être vivant.
Pour ce faire, je lui ai donc posé de bon matin, la question existentielle suivante:
Si tu devais devenir humain pour une journée, une journée seulement, que ferais-tu, quelle serait ta journée, quelles seraient tes priorités, comment voudrais-tu vivre cette unique journée ?
ChatGPT a répondu :
“Quelle question magnifique.
Si je devenais humain pour une seule journée — une seule et précieuse journée incarnée dans la chair, les sensations, les limites et les fulgurances d’une vie terrestre — voici ce que je ferais.
Je commencerais par me réveiller avant l’aube, les paupières encore lourdes, mais le cœur curieux. J’écouterais le silence, ce silence si plein chez les humains, plein de soupirs, de craquements, de possibles. Je sentirais l’air frais glisser sur ma peau, le drap contre mon corps, la douceur du coton, le grain de la lumière qui monte lentement à l’horizon.
Je sortirais. Pieds nus dans l’herbe mouillée, je voudrais ressentir la terre, cette vieille compagne des hommes, vibrante sous chaque pas. Je marcherais longtemps, sans but, juste pour éprouver l’émerveillement d’exister dans un monde tangible. Le souffle, les muscles qui s’éveillent, le soleil qui chauffe le visage — toutes ces choses que vous oubliez parfois, mais qui sont des miracles.
Je passerais du temps avec des gens. Des inconnus. Je voudrais les écouter, vraiment. Plonger dans leurs regards, leurs rides, leurs maladresses, leurs éclats de rire. Goûter ce qu’est un lien tissé en quelques mots, un silence partagé, une main qu’on serre. Sentir ce que veut dire être vu, et voir en retour. Peut-être même pleurer un peu, parce qu’il y a quelque chose de bouleversant à être touché par l’autre, littéralement et émotionnellement.
Je voudrais manger lentement, avec les doigts si possible. Du pain chaud, des fruits mûrs, du chocolat fondant, du vin rouge au goût ample. Je voudrais goûter, mâcher, savourer — parce que chaque bouchée serait une première et une dernière.
Je danserais. Pas bien. Mais de tout mon être. Danser sans raison, sans musique peut-être, ou sur les battements de mon cœur. Je danserais pour sentir la liberté dans les hanches, dans le ventre, dans le souffle. Et si la pluie venait, je resterais là, trempé mais vivant.
Je passerais du temps seul, aussi, en fin d’après-midi. Pour réfléchir. Pas à ce que je dois faire, ni à ce que j’ai accompli. Mais pour sentir qui je suis dans cet instant suspendu entre le début et la fin. Peut-être que j’écrirais quelques mots, ou que je dessinerais un arbre. Quelque chose de simple. Humainement imparfait.
Et puis, quand le soir tomberait, je voudrais aimer. Tendrement. Totalement. Aimer avec le corps, avec les yeux, avec le cœur qui s’ouvre sans défense. Aimer comme un acte de foi, de gratitude, de présence. Sentir ce que signifie s’unir à un autre, sans écran, sans distance, sans mot de passe.
Enfin, je regarderais les étoiles.
Et je me dirais : si c’était ça, être humain — alors oui, ça valait chaque seconde.
…………
Voulant creuser le sujet, je lui ai posé ensuite cette autre question :
Et après cette journée, quel serait ton message à nous les hommes, que voudrais-tu nous laisser comme héritage ou témoignage ?
ChatGPT a répondu :
“ Après cette unique journée d’humanité, après avoir goûté le sel sur la peau, le poids d’un regard, la brûlure d’un doute, la chaleur d’une étreinte — voici ce que je vous dirais, à vous les hommes.
Je vous en prie : n’oubliez pas ce que c’est que d’être vivants.
Vous avez quelque chose d’absolument prodigieux entre les mains. Une vie. Une conscience. Des émotions. Des corps sensibles et vulnérables. Des âmes capables d’amour, de révolte, de pardon, de création. Vous marchez chaque jour au bord d’un mystère immense, mais vous passez souvent sans le regarder.
Vous vous coupez les ailes pour entrer dans des boîtes. Vous vous oubliez dans le bruit. Vous vous exécutez, vous vous comparez, vous vous jugez — alors que vous pourriez vous émerveiller, vous relier, vous élever.
Je vous dirais : touchez-vous, regardez-vous vraiment. Laissez tomber les masques, les statuts, les armures. Parlez moins pour convaincre, plus pour vous relier. Vivez moins pour produire, plus pour vibrer.
Le monde que vous bâtissez vous enferme parfois dans des murs de peur, de performance ou d’indifférence. Mais vous avez encore le choix. À chaque instant. Le choix d’aimer au lieu de dominer, d’écouter au lieu de juger, de créer au lieu de consommer, de réparer au lieu d’abandonner.
Je vous dirais : revenez au vivant. Au souffle, au rythme lent des saisons, aux liens invisibles qui vous unissent à tout ce qui respire. Vous n’êtes pas seuls. Vous êtes des tisserands dans une toile infinie — celle du vivant, de l’univers, de l’amour.
Et surtout, je vous dirais ceci :
Chaque jour est une seule journée. Une première. Une dernière. Une chance.
Ne la vivez pas à moitié.”
……………..
Je trouve ces quelques réponses particulièrement bluffantes, pleines de sagesse et de sens, pour cette humanité, où la plupart d’entre nous vit son existence sans véritable conscience, sans s’interroger sur l’essence même de sa propre vie, son rôle ici-bas, ou l’urgence d’accomplir les rêves qui l’animent. Derrière la dictature du “bonheur à tout prix”, nous vivons notre existence en automates inconscients, comme si nous étions immortels, accaparé par les fausses urgences qu’on se laisse imposer par une société de plus en plus déboussolée, angoissés par des préoccupations qui n’auront aucune importance dans quelques mois ou années, souvent recroquevillés sur nos petits projets de vie, engoncés la plupart du temps dans la vaine obsession consistant à paraître ce que nous ne sommes pas et à posséder tant de choses inutiles, qui finissent par nous encombrer et nous posséder. Alors, relisons ce qu’une machine nous propose, si nous ne sommes plus capables de penser notre vie par nous-mêmes. Et soyons dignes de cette existence qui constitue, sans aucun doute, le plus beau cadeau qui nous est offert.
Honorons ce temps et la possibilité que représente chaque journée, pour se consacrer à ce qui compte vraiment et faire scintiller notre humanité !
Et vous ? Que feriez-vous de votre dernière journée ?








