J’avais rendez-vous avec mon médecin à dix heures pétantes, dans cette bonne ville d’Arcachon, qui baigne ses pieds ensablés dans le bassin éponyme, à deux pas des rives indomptables de l’Atlantique.
Depuis quelques jours, j’étais sujet à de fâcheux symptômes, me laissant penser que je devais consulter urgemment un spécialiste. Des impatiences nerveuses dans les jambes, des fourmillements dans les mollets, le mal du pays ponctué par de subits accès mélancoliques, des réveils en sursaut et en sueur au beau milieu de la nuit, en déclamant des vers de Pablo Neruda, en espagnol, qui plus est, et le regard hagard constamment plongé vers l’horizon, une envie de ne rien faire mais de tout vivre… Paradoxal, me direz-vous !
Je dégringolais donc vers dix heures moins le quart, par les escaliers qui isolent la ville d’hiver de la place du marché, singeant ainsi la transhumance des possédants de la haute ville, vers les bas-fonds de cette ville « très convenable », pour s’encanailler (pas sûr que le mot soit adéquate ;-), se plonger dans la vie de cet Ehpad à ciel ouvert et se ravitailler auprès des commerçants qui tentent de participer, comme il le peuvent, au fameux ruissellement censé régir les flux monétaires de la pyramide sociale.
Quelle ne fut pas ma surprise de constater, en l’absence avéré de toute nouvelle sur les grands médias nationaux, que le mouvement des gilets jaunes avait repris de plus belle et prit possession de tous les axes qui menaient au centre-ville !
Partout, des barrages populaires. Une foules de citoyens scandant leurs revendications d’une même voix. Concert collectif de manifestants avec leur verre de Ricard, sous leurs banderoles jaunes soleil, distribuant leurs tracts comme des marguerites leur pétales en espérant des jours meilleurs et une surcroît d’amour sur ce monde tissé d’injustice. Une ambiance bonne enfant, des citoyens à l’âme végétale, campés sur les ronds-points comme des tournesols sur leur tige, réclamant une urgente reconnexion à la nature, aux autres et à soi-même.
L’ambiance était estivale et non-violente, contrairement à une fin de match célébrée par des supporters du PSG aux allures de casseurs. Nous étions plutôt face à une victoire joyeuse de l’équipe de Nantes et à une célébration magnifique des canaris.
Avec tous ces chambardements, j’arrivai chez mon ami toubib avec une demi-heure de retard. Il me prit en urgence, avec l’air d’un type qui a de mauvaises nouvelles à vous annoncer. Le résultat des examens était tombé et semblait sans appel. Les prélèvements « sans gains » faisaient qu’il se faisait du mauvais sang. J’étais visiblement malade et victime d’hodophilie.
Il ne put me prescrire aucun traitement conventionnel, encore moins ceux que rembourse la sécurité sociale ou une mutuelle digne de cet élan populaire que je venais de traverser. Dans mon cas, la solidarité n’était pas question et je devrais rester seul, comme souvent, face à cette maladie qui me ronger les tripes à petit feu.
Il me conseilla d’aller voir sur internet les sources de mon mal être et me laissa, après avoir pris ma carte vitale, avec ce conseil d’ami qui vaut la meilleure des prescriptions médicales :
« Barre-toi vite ! Profites-en tant qu’il est encore temps ! »
De retour à la maison, je me jetai sur Wikipédia et découvris les raisons de ce mal sans véritable traitement.
« L’hodophilie vient du grec ancien « hodo », qui signifie voyage, et de « philia », qui signifie amour ou attachement. En termes simples, l’hodophilie est l’amour du voyage. Pour étendre ce concept aux hodophiles, un hodophile est une personne qui aime voyager et partir à l’aventure. »
Je conclurai donc ce billet d’humeur, en forme de billet d’avion, par une chanson qu’une de mes meilleures amies m’a fait connaître, et que je vous enjoins d’écouter avec l’attention qu’elle mérite. Elle s’intitule « l’homme qui court » et nous la devons à Axel Bauer.
Et pour ceux qui ont une vie tellement virevoltante, qui n’ont pas le temps de l’écouter comme il se doit, voici les paroles :
« Il a brulé sa maison
Sur un simple coup de tête
L’homme qui court sans raison
Là-haut sur la ligne de crête
Il a franchi la colline
Il voulait juste voir derrière
Si l’herbe ailleurs était plus fine
Et si l’eau était plus claire
Un homme qui court après sa vie
Ça vaut tous les discours et les théories
Et cet homme qui court toujours, dort au petit matin
Au bord des routes, il suit son long chemin
Sous les étoiles il doute, ignore vers où ses pas l’entrainent
Un paradis ou seulement lui-même ?
Bien sûr il sait tout ce qu’il laisse
L’argent, l’amour, le confort
Il sait surtout que le temps presse
Que s’il s’arrête, il est mort
Et cette vie d’incertitude
Lui a au moins appris ceci
Tu n’aimeras pas ta solitude
Juste en restant assis
Un homme qui court après sa vie
Ça vaut tous les discours, les grandes théories
Et cet homme qui court toujours, dort au petit matin
Au bord des routes, il suit son long chemin
Sous les étoiles il doute, ignore vers où ses pas l’entrainent
Un paradis ou seulement lui-même ?
Un enfant joue, une femme sourit
Et l’homme qui a couru toute sa vie
Serait peut-être heureux ici
Et cet homme qui court toujours, dort au petit matin
Au bord des routes, il suit son long chemin
Sous les étoiles il doute, ignore vers où ses pas l’entrainent
Un paradis ou seulement lui-même ? »
Joli poème de vie qui résume la vie d’un homme dont j’occupe le corps, depuis six décennies. Je vous laisserai sur cette pensée, après l’avoir savamment ressassée dans mes circonvolutions planétaires :
Rien ne sert finalement de courir, si l’on peut partir à point !
Vive les gilets les jaunes, les petites fleurs d’été, la justice dans ce monde farouchement inique, la jolie ville d’Arcachon et la fréquentation de médecins qui savent nous faire du bien à l’âme, en sortant des sentiers battus de toute orthodoxie !























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