Petit clin d’œil à tous les voyageurs véritables, aux routards impénitents, aux migrants malgré eux ou aux nomades à l’âme manouche. À tous ceux qu’un rêve plus grand qu’eux jette sur les chemins du monde, comme à ceux qui partent tenter leur chance, poussés par une vie de misère et l’espoir d’un avenir meilleur.
Un amical salut à mes frangins gitans, avec cette série de sculptures ébouriffantes de talent, intitulée “les voyageurs”, oeuvres bien connue de Bruno Catalano.
Dans ce monde de frontières et de clôtures, le vent de l’altérité et l’esprit de liberté sont entravés par les herses de la peur et de la haine de l’Autre.
Puissent vos caravanes et votre esprit rebelle continuer de vous mener par le bout du nez, pour la beauté d’une aube, un horizon flamboyant, la simple curiosité ou le puissant désir qu’engendre la fraternité.
Alors, pour tous ceux qui ont, comme moi, des fourmis dans les jambes, n’oublions jamais la beauté du prochain voyage, le frisson de l’ailleurs et l’impérieux devoir de trouver notre juste place dans ce monde déboussolé, à une juste distance entre le courage de faire et l’humilité d’être.
Relisons sans cesse les mots de Bernanos, qui nous rappelle à notre devoir d’insubordination et de liberté.
“Je pense depuis longtemps déjà que si un jour les methodes de destruction de plus en plus efficaces finissent par rayer
notre espèce de la planète, ce ne sera pas la cruauté qui sera la cause de notre extinction, et moins encore, bien entendu, l’indignation qu’éveille la cruauté, ni même les représailles de la vengeance qu’elle s’attire…mais la docilité, l’absence de responsabilité de l’homme moderne, son acceptation vile et servile du moindre décret public.
Les horreurs auxquelles nous avons assisté, les horreurs encore plus abominables auxquelles nous allons maintenant assister ne signalent pas que les rebelles, les insubordonnés, les réfractaires sont de plus en plus nombreux dans le monde, mais plutôt qu’il y a de plus en plus d’hommes obéissants et dociles.”
Georges Bernanos

