Une sacrée paire…

Bien sûr, il y a Carthagène, Bogota, Medellin, Cali, et quelques autres excroissances urbaines dues au rouleau compresseur du développement économique, qui conduit des millions d’hommes et de femmes à rejoindre ces cités, où la plupart d’entre eux s’agglomèrent dans des faubourgs périphériques interminables, ou peuplent les favelas ou les centre villes abandonnés à la misère et à la délinquance, par des populations plus aisées, ayant trouvé refuge dans des quartiers plus côtés et épargnés par l’infortune.

Bien sûr, il y a ces grandes villes dont on cite le nom lorsque l’on parle de la Colombie et dont la réputation fait encore frissonner ceux qui ont trop regardé de séries Netflix et qui sont persuadés que le pays est encore aux mains des cartels de la drogue ou gangréné par des gangs incontrôlés, se livrant à une violence aveugle. Tout cela n’est qu’une illusion, même s’il ne faut pas nier certaines difficultés ou réalités. Mais la Colombie mérite bien mieux que quelques clichés reposant sur des peurs savamment entretenues. 

La vérité ne serait-elle pas dans des lieux plus restreints, à taille humaine, où les gens arrivent encore à se connaitre, pour le moins à se reconnaître, et prennent encore le temps de cultiver l’art de se saluer, de s’arrêter, d’échanger avec courtoisie quelques mots ? L’avenir de notre humanité ou de ce qu’il en reste, n’est-il pas justement dans des bourgades où l’on cultive le local et un certain art de vivre, où l’on ose se regarder quand on se croise, où les badauds marchent d’un pas paisible, pas encore transformés en automates obnubilés par des écrans, coincés dans leur empressement et dans leur bulle de protection individuelle, comme on le voit trop souvent dans toutes les grandes cités du monde ?

Il est des lieux, ici, où l’on ose encore se dévisager, avec une curiosité toujours empreinte de bienveillance.  Dévisager c’est reconnaître l’autre, et envisager de communiquer avec lui, avant de communier peut-être autour d’une table, d’une tasse de café et de quelques nouvelles. Ici, souvent lorsque l’on se croise, on échange un signe de tête et un sourire qui vient se perdre dans le regard, comme un signe de reconnaissance qui vaut tous les passeports ou sauf-conduits du monde.

Un de ces lieux, qui ressemble à un îlot d’humanité hors du temps, s’appelle Jericó. Cette petite ville coloniale pleine de charme et de couleurs, fondée en 1850, se distingue par son atmosphère tranquille et son authenticité. Située à 3h30 de route au sud-ouest de Medellin, au creux de massifs époustouflants, elle est délaissée par les touristes étrangers, trop pressés par leur programme consistant à en voir le maximum, pour pouvoir dire en rentrant « j’ai fait la Colombie ». Cette bourgade de quatorze mille âmes est en revanche très appréciée des Colombiens qui viennent en nombre, de tous les coins du pays, pour célébrer les fêtes religieuses. Il faut dire que Jericó est la ville de naissance de María Laura de Jesús Montoya Upegui, la première et unique sainte colombienne, canonisée par le Pape François en 2013. Elle est désormais reconnue sous le nom judicieusement raccourci de Mère Laura. Une telle personnalité crée forcément des vocations et suscite quelques prières, qu’il vaut mieux adresser localement, afin qu’elles soient mieux entendues et prestement exaucées.

En dehors de la ferveur religieuse qu’elle suscite, illustrée par la présence de tout de même dix-sept églises, on vient à Jericó pour randonner au cœur de paysages grandioses et inspirants, pour s’initier à la culture du café ou à l’artisanat du cuir, et plus simplement pour la tranquillité qui y règne, en y savourant le temps qui passe, tout en sirotant quelques verres sur la splendide place centrale qui s’anime en fin d’après-midi et condense l’essence même du « vivre-ensemble », cette appellation un peu convenue et si malmenée dans nos sociétés modernes, mais qui s’incarne ici très concrètement, pour le plus grand bonheur des voyageurs qui prennent le temps de vivre.

Mais, j’ai volontairement omis de citer une autre raison majeure qui justifie de séjourner paisiblement et de se donner le temps d’explorer cette petite ville ébouriffante de charme. 

Jericó est un musée d’art à ciel ouvert, une expérience esthétique rare avec ses centaines de maisons peintes et décorées de mille couleurs. Déambuler dans ses ruelles, grimper ses escaliers escarpés qui mènent au jardin botanique, redescendre vers le centre-ville, tout cela oblige à dégainer des dizaines de fois son appareil photo pour immortaliser une fenêtre, une façade, une porte, toutes plus colorées et créatives les unes que les autres.

Par commodité et pour tous ceux qui n’ont pas encore sauté dans un avion pour vivre cette expérience éblouissante, j’ai regroupé sur mon blog une kyrielle de photos qui valent bien mieux que quelques mots enflammés. A défaut de venir y passer quelques jours, cela mérite de consacrer quelques minutes pour se perdre avantageusement dans les nuances, les détails et l’inventivité dont ont fait preuve les habitants de Jericó. Cette ville est un baume pour le cœur et pour l’âme. 

La maison Lapeyre, grand spécialiste des portes et des fenêtres depuis plus d’un siècle, a lancé en 1985 son slogan publicitaire bien connu : « Lapeyre, y’en a pas deux ! ». Dans le show-room grandeur nature qu’aurait pu être Jericó pour la multinationale française, force est de constater après des années de baroude autour du monde, qu’effectivement, des Jericó… y’en a pas deux !

En guise de conclusion pour les amoureux de portes et de fenêtres, huissiers inavoués, troubadours frustrés ou passe-murailles reconvertis, je vous invite à picorer gratuitement les images que j’ai rassemblées pour vous (tout le mérite artistique et les crédits photos revenant à mon amie Catherine Tourasse). Ces clichés hauts en couleur, valent bien des tableaux contemporains, souvent acquis à des prix indécents par la plupart des grands musées d’art moderne du monde. Et je me permettrais de suggérer à Saint-Gobain qui possède désormais l’entreprise Lapeyre, d’installer un magasin de démonstration ou un dépôt-vente dans cette ville sainte et bigarrée, avec un slogan publicitaire adaptée à cette zone de chalandise particulière, qui pourrait être :

Venez à Jericó ! Vous y trouverez Lapeyre, le Fils et le Saint Esprit !

Allez bon voyage et bonne balade en couleur.

Et n’oubliez pas de fermer la porte et les fenêtres en sortant…

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Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

3 commentaires sur « Une sacrée paire… »

  1. Ah…les couleurs !! Le meilleur remède contre la dépression !

    Ici, le ciel est gris, les voitures sont grises, les gens sont habillés en noir, les batiments sont ternes
    Bon après, il faut tenir notre statut de champion du monde de consommation d’anti dépressifs !

    Dans la même veine, les rues d’Antigua Guatemala procurent ce même enchantement

    Hugues

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