Penser à demander à la Mairie un permis de reconstruction
Ne pas oublier de l’accrocher ensuite sur ce visage qui me sert de façade.
Demander à l’architecte de rajouter deux grandes fenêtres, à la place des yeux.
Derrière, côté jardin, percer le mur pour une faire une grande ouverture, une sorte de bouche-baie affamée de lumière
Demander au manœuvre qu’il répare les deux charnières qui me servent de genoux
Rajouter dans la bétonnière un peu de poudre d’escampette
Débarrasser les gravats du passé
Préparer l’enduit de l’avenir
Et pour le présent, vers midi, casser la croûte entre ouvriers,
Rompre le jeûne de mots de la matinée
Se sourire, se parler, se charrier, s’apprécier
Écouter Ahmed l’Arabe nous raconter le bled
Et voir José le portugais, préparer le feu
Besim, l’albanais qui attend ses papiers
Youssoupha qui éclate de rire comme il plante les clous
Et moi, le gitan insatiable, qui leur parle de tous ses pays avec des noms de femmes inaccessibles
Le soir venu, avant de descendre de la grue, Regarder les oiseaux voler en formation vers le sud.
Les envier.
Et bientôt, les imiter.