La Vie… à mort !

Je ne crains pas de mourir. 

À vrai dire, je suis plus inquiet de la baisse de mon niveau de vie. Mais quand un homme qui s’est délesté de toute possession et contingence matérielle évoque son niveau de vie, il ne parle pas de ses ressources financières, ni de son niveau de dépenses mensuelles. 

Non !

Le poète-gitan que je suis devenu, qui se dépense en kilomètres et ne récolte depuis des années que des brassées d’enthousiasme ne sait faire fructifier que des économies de paroles, et ne considère comme placement réussi, que de prolifiques conversations. 

En d’autres termes et contrairement à la plupart de mes semblables, je ne crains comme « baisse de niveau de vie » qu’un affadissement du monde, une diminution de mon intensité de vivre, celle-là même que j’éprouve chaque jour, émerveillé et magnifiquement inspiré, en récoltant les trésors vivants de notre planète, s’égrenant en d’improbables rencontres, en heures de contemplation de paysages dont la sauvagerie n’a d’égale que l’indicible beauté. 

Cette crainte de perte de niveau de vie se mesure pour moi en baisse de mon niveau d’émerveillement, en dilapidation de mes ressources à aller crapahuter sur un volcan ou dans des forêts luxuriantes et primaires, en rabougrissement du champ des possibles, dans un monde qui se domestique et s’artificialise chaque jour un peu plus, sous les coups de boutoirs de la civilisation moderne. 

La perte de niveau de vie, dans mon mode de vie, c’est le rapetissement du verbe Être, des sensations et des pensées, face au raz-de-marée des considérations purement financières et comptables qui découlent du verbe Avoir, toutes ces tendances mortifères que véhicule le peuple hagard des consommateurs effrénés et des fantômes déshumanisés qui vivent sur leur écran, leur propre existence par procuration ou filtrage algorithmique…

Bref, en un mot comme en cent, la mort ne m’effarouche pas, car ce n’est qu’une ultime manifestation, sans doute la plus théâtrale et la plus achevée qui soit, dans la longue et permanente litanie des fins de mois, que ma de vie de bohème m’aura amené à éprouver. La mort n’est qu’une tonitruante et mélodramatique … fin de Moi !

Quant à savoir s’il y a une vie après la mort, nul n’a véritablement la réponse, bien que j’en sois intimement convaincu. Mais la véritable question, la plus essentielle et sans doute la plus urgente à se poser, c’est de savoir s’il y a une vie avant la mort. Car, à bien y regarder, les hommes sont si malhabiles, si inconscients et si peureux sur cette planète pour se poser cette question et pour honorer véritablement, comme ils le devraient, cette vie miraculeuse qui leur est offerte durant les quelques dizaines d’années qui caractérisent leur passage ici-bas. 

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