Dans sa ronde inlassable, sur les plus hauts remparts,
Au creux de la nuit noire, le gardien du château,
En passant au pied de la plus haute fenêtre,
Accrochée au donjon où dort la princesse,
Grimpa jusqu’à la chambre où celle-ci reposait.
Son sommeil était lourd, sa chevelure éparse.
Il s’assit sur le lit, écarta le drap blanc,
Pour la contempler en mimant une caresse.
Il murmura tout bas la liste de ses trésors
Ses projets d’avenir et les nouvelles du monde.
Sous son oreiller blanc, il glissa ses présents :
Une chanson de Ferré, un clip portoricain
Dont les paroles gaies évoquent en espagnol
Sa folle invitation à l’emmener là-bas
En une jaune croisade vers l’Extrême-Orient.
Il déposa aussi, une kyrielle de baisers
Pour qu’elle goûte au réveil à la tendre douceur
En cette nuit profonde, de se savoir aimée.
Il lui dit que la nuit était calme et bleutée
Qu’il devait repartir pour garder le château.
Il remonta le drap, déposa sur sa joue
Un baiser rassurant et un pétale blanc
Et descendit souriant d’où il était venu
Pour reprendre sa ronde, avec dans le cœur,
Des envies d’escapade et des jours de bonheur.

Head of a sleeping woman – Pablo Picasso