Les loges du rien

 Dans ce ciel désespérément nuageux, où les nuages sont bleus et l’insouciance pluvieuse ressemble à une petite pelote de coton blanc qui file vers des jours heureux, je savoure l’instant présent et m’y vautre comme un chiot dans une flaque de lumière.

En m’ébrouant, j’espère bien éclabousser tous ceux que j’aime ou ceux, plus rares, qui me font l’amitié de me lire. J’espère me faire gronder de leur sourire et accepte leur claques dans le dos et leurs éclats de rires tonitruants comme unique châtiment, après leur avoir prouver que l’insouciance est contagieuse et constitue la plus belle des destinations pour ces villégiatures tant espérées. 

Entre la kyrielle incessante de preuves d’amitié et d’amour, la joie sincère des retrouvailles, le mortier de la générosité qui scelle chacun de mes jours, et quelques vagues projets d’avenir qui vous bien finir par se réaliser à force d’en parler, je fais les cent pas, sans impatience ni illusion, sur la crête du bonheur.

Qu’ai-je fait pour mériter cela ? Quel sera mon chemin demain pour continuer à creuser ma raison d’être et m’efforcer d’inspirer ceux que je croise, les convaincre de me rejoindre afin d’imaginer et d’œuvrer à un monde meilleur ? Tant de questions encore à trouver, en face des réponses qui dansent déjà au fond de moi…

Alors, en me retirant sur la pointe de pieds vers une journée qui me laissera un joli bleu à l’âme et au revers de ma veste, la seule légion d’honneur qui vaille à mes yeux, celle d’une pensée fraternelle et de quelques minutes de temps précieux, je vous laisse avec les mots d’un poète qui me manque, mais qui nous a prouvé que la présence est éternelle tant que quelqu’un pense à vous…

« Je ne comprends pas très bien votre question. 

Pourquoi faudrait-il un sens à nos jours ? 

Pour les sauver ? Mais ils n’ont pas besoin de l’être. 

Il n’y a pas de perte dans nos vies, puisque nos vies sont perdues d’avance, puisqu’elles passent un peu plus, à chaque seconde. 

Un mot me gêne dans votre lettre. Ce mot de sens. 

Permettez-moi de l’effacer. 

Voyez ce que devient votre question, comme elle a belle allure, à présent. 

Aérienne, filante : 

« qu’est-ce qui vous donne votre vie ? » 

La réponse cette fois-ci est aisée : tout. 

Tout ce qui n’est pas moi et m’éclaire. 

Tout ce que j’ignore et que j’attends. 

L’attente est une fleur simple. Elle pousse au bord du temps. C’est une fleur pauvre qui guérit tous les maux. Le temps d’attendre est un temps de délivrance. Cette délivrance opère en nous à notre insu. Elle ne nous demande rien que de laisser faire, le temps qu’il faut, les nuits qu’elle doit. 

Sans doute l’avez-vous remarqué : notre attente d’un amour, d’un printemps, d’un repos est toujours comblée par surprise. 

Comme si ce que nous espérions était toujours inespéré.  

Comme si la vraie formule d’attendre était celle-ci : ne rien prévoir sinon l’imprévisible. 

Ne rien attendre sinon l’inattendu. Ce savoir-là me vient de loin. Ce savoir qui n’est pas un savoir, mais une confiance, un murmure, une chanson… »

Christian Bobin – Éloge du rien

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Entrepreneur, écrivain et globe-trotter. L'homme le plus léger, le plus libre et le plus heureux du monde;-)

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