Ayant eu la chance inouïe d’être invité à faire le tour du Mont Blanc en hélicoptère, survolant les Grandes Jorasses, la Mer de glace, l’Aiguille du Midi et tant d’autres merveilles, j’ai été sidéré par le nombre de gens qui partent à l’ascension du plus haut mont d’Europe.
Le même jour, Sophie Lavaud, devenait la première alpiniste française à achever l’ascension des 14 sommets les plus hauts du monde (les plus de 8000 mètres d’altitude). Ce remarquable exploit, accompli par une femme de 55 ans (devançant ainsi toute la gente masculine), en à peine dix ans et avec une humilité étonnante pour l’époque, constitue une sacrée leçon pour nous tous.
Bien au chaud dans mon engin survolant des pics vertigineux, je ne pouvais qu’éprouver une admiration sans borne pour tous ces alpinistes, quelle que soit la forme, l’altitude, les moyens déployés, les efforts consentis, qui partent à l’assaut des cimes et de leurs propres limites.
Coup de chapeau à notre nouvelle championne, aux grimpeurs de l’extrême et plus généralement à tous les amoureux de la montagne qui se dépensent pour aller tutoyer les Dieux au sommet de monts indociles, allant chercher dans les hauteurs et le dépassement de soi la meilleure version d’eux-mêmes. Nul doute que comme pour le véritable voyage, gravir les plus hauts sommets permet aussi de descendre au plus profond de soi-même. Derrière un alpiniste se cache toujours un spéléologue.
Depuis quelques jours, une femme a prouvé au reste du monde, s’il en était besoin, que le genre féminin peut passer devant les hommes, sans que ceci soit par politesse ou galanterie. Sophie Lavaud est allé chercher son dû, a raflé la mise et donner une sacrée leçon à ses congénères masculins.
Nul doute que dans ce domaine aussi, le XXIème siècle sera féminin !
Bravo Madame !
Je laisserai à Sylvain Tesson le mot de la fin et ne peux m’empêcher d’y ajouter quelques autres citations inspirantes qui me parlent, plus qu’à nul autre… (vous les trouverez après les images;-)
« Pourquoi l’homme avait-il attendu si longtemps pour grimper les montagnes ?
Techniquement un Grec antique aurait pu escalader le mont Blanc. Quand on élève le Parthénon, n’est-on pas capable de fabriquer une paire de crampons ? Pourquoi avait-il fallu attendre la Renaissance et les Lumières ?
L’empêchement avait été moral plus que technique. Le difficile n’avait point consisté à atteindre le sommet mais à s’octroyer le droit de le faire. Quand les montagnes symbolisaient les temples, on n’allait pas y voir.
A la Renaissance, l’homme décida de n’avoir plus peur d’un monde dont il occupait le faîte. Il escalada le mont Aiguille en 1492. Puis on tua Dieu. Une fois Dieu mort, l’homme pouvait monter. Ce fût l’alpinisme moderne. »















PETIT FLORILÈGE DE PENSÉES EXISTENTIELLES ET VAGABONDES
« On dispose de tout ce qu’il faut lorsque l’on organise sa vie autour de l’idée de ne rien posséder. »
« Penser qu’il faudrait le prendre en photo est le meilleur moyen de tuer l’intensité d’un moment. »
« Lire nous confirme que la solitude est un trésor. Un livre peut changer une vie. Et dire qu’il n’y a aucune mise en garde d’inscrite sur la couverture ! »
« Les sociétés n’aiment pas les ermites. Elles ne leur pardonnent pas de fuir. Elles réprouvent la désinvolture du solitaire qui jette son « continuez sans moi » à la face des autres.
Se retirer c’est prendre congé de ses semblables L’ermite nie la vocation de la civilisation, en constitue la critique vivante. »
« L’ennui ne me fait aucune peur. Il y a morsure plus douloureuse : le chagrin de ne pas partager avec un être aimé la beauté des moments vécus. La solitude : ce que les autres perdent à n’être pas auprès de celui qui l’éprouve. A Paris, avant le départ, on me mettait en garde.
L’ennui constituerait mon ennemi mortifère ! J’en crèverais !
J’écoutais poliment. Les gens qui parlaient ainsi avaient le sentiment de constituer à eux seuls une distraction formidable. « Réduit à moi seul, je me nourris, il est vrai, de ma propre substance, mais elle ne s’épuise pas… » écrit Rousseau dans les Rêveries. »
« Rainer Maria Rilke dans la lettre du 17 février 1903 adressée au jeune poète Franz Xaver Kappus : » Si votre quotidien vous parait pauvre, ne l’accusez pas. Accusez-vous vous-même de ne pas être assez poète pour appeler à vous ses richesses. «
Nous sommes seuls responsables de la morosité de nos existences.
Le monde est gris de nos fadeurs. La vie est pâle ? Changez de vie, gagnez les cabanes. Au fond des bois, si le monde reste morne et l’entourage insupportable, c’est un verdict : vous ne vous supportez pas ! Prendre alors ses dispositions. »
« La cabane est le lieu du pas de côté, le havre du vide où l’on n’est pas forcé de réagir à tout. »
« Entre l’envie et le regret, il y a un point qui s’appelle le présent. Il faudrait s’entraîner à y tenir en équilibre. »
« Pas un seul visiteur du matin ne regarde la ville autrement qu’à travers son appareil. La vie est un Photomaton. La mémoire des hommes serait-elle devenue à ce point défaillante qu’il faille archiver chaque instant ? Ainsi des voyages modernes : on traverse le monde pour prendre une photo. Il n’y aura plus de récits de voyage, seulement des cartes postales. (…)
Qu’a fait de mal le monde pour qu’on tire des écrans sur lui ? Seuls les enfants, les vieillards et les oiseaux regardent la vue de leurs pleins yeux. Ce sont les derniers êtres à qui il restera des souvenirs. »
« Pendant des millénaires, l’homme avait lutté pour trouver un lopin, le cultiver, dresser un autel, sacrifier un bœuf puis construire une ville avec musée et piédestaux à statues.
« Que chacun reste à sa place, la cultive et la transmette » avait constitué l’ambition.
Soudain, changement radical. Au XXe siècle, l’humanité mercantile s’était mise en branle, décidant que tout circulerait. La légitimité du mouvement reposait sur sa permanence. La circulation des marchandises créait leur valeur. Dès lors, plus de repos. Dans le bazar global, les hommes étaient des monades, les possessions des produits, l’Histoire une tectonique, les nations des plasmas. Ce mouvement perpétuel était peut-être l’autre nom de la Chute. « Sic transit gloria mundi », disaient les Romains. « La gloire du monde, c’est le transit ! » répondit l’époque. Le frère d’Ernst Jünger, dans La Perfection de la technique, avait donné une définition claquante de ce branle-bas : « la mobilisation de l’immobile ».
« Le monde change, accompagnons-le », disait le personnel politique des démocraties marchandes. Esclaves de l’inéluctable, ils avouaient : « Survivons dans l’avalanche puisque nous ne pouvons rien ».